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9 septembre 2008 2 09 /09 /septembre /2008 00:00
Alors on doit donc rester là, présent, ne pas se battre, simplement "accompagner", comme on dit si bien?
Une fin de vie parmi tant d'autres. Défaite devant une maladie dévastatrice, qui vous ronge le cerveau petits bouts par petits bouts, jusqu' à ne plus savoir qui est cette femme qui vient à votre  chevet tous les jours, jusqu'à même en oublier comment manger et comment marcher...

Un homme sur huit, une femme sur quatre en souffriront au cours de leur vie.'

"C'est la maison neuve, que l'on voit au loin, là-bas."
Première visite que je faits chez ce patient , accompagnée par ma toute nouvelle collègue.

Le domicile , c'est ma tasse de thé, mon élément, maintenant je le sais. Cela n'empêche pas de devoir faire face à la dureté de la vie. Sous toutes ses formes.

Ce jour là il n'a pas parlé. Il semblait dormir. Pourtant alors que je le rasais ses yeux se sont ouverts...Que ressentait-il exactement? Que comprenait-il? Il était incapable de faire ne serait-ce qu'un petit signe de la main. Et  il faut malgré tout communiquer. dénuder, laver cet homme, respecter son intimité.
"Bonjour Monsieur. Comment ça va aujourd'hui? Avez-vous mal quelque part?"
 Lui parler, et n'attendre aucune réponse. C'est ainsi. Ma collègue m'expliquait les soins à prodiguer. Ici tu mettra cette pommade, là tu lavera ses yeux au sérum, et aussi sa femme demande à ce qu'on lui mette du déodorant ici, de l'eau de cologne là...Et ainsi de suite. Un ballet très étrange, où les échanges sont mêlés de pudeur, de fatigue, de tristesse. Des rires aussi, beaucoup, avec sa femme.
Ce  Monsieur vit encore chez lui, sa femme a un courage formidable.

Quand il aura reçu tous ses soins, qu'il aura été changé, lavé, soigné, habillé au lit sans effectuer un seul mouvement se son propre chef, alors on le lèvera à deux personnes, et il faudra le "faire marcher"  jusqu'à son fauteuil roulant, dans le salon.
Mettre un pied devant l'autre il ne sait plus. Un soignant de chaque côté, il chancelle, et ne parle toujours pas. Si je lâchais de mon côté il tombais.

 Maintenir le mécanisme, sauvegarder la petite parcelle de son cerveau qui commande la marche, et cela le plus longtemps possible.

Mais au lendemain, le médecin a demandé de stopper la "marche". Ce patient fait des sursauts, et en éveil. "Signe de souffrance cérébrale."

Alzheimer quand tu nous tiens...


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Published by Celadone - dans Démences
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